Le Sénat argentin rejette la légalisation de l’avortement

04 sep 2018
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En juin 2018, la chambre basse du congrès a approuvé un projet de loi autorisant les femmes à mettre fin à leur grossesse durant les 14 premières semaines. Au cours des dernières années, il y a eu jusqu'à sept tentatives d'introduction d'une loi sur l'avortement volontaire, mais il s'agissait du premier projet de loi à être débattu au parlement.

Quelques mois avant le vote, des centaines de médecins en Argentine ont organisé des manifestations anti-avortement, tandis que des groupes de féministes et de défenseurs des droits des femmes ont organisé des manifestations encore plus importantes en faveur de cette mesure. Le sénateur de l'opposition, Pedro Guastacino, a admis avoir été contre la proposition mais a changé d'avis plus tard, après avoir compris que l'avortement illégal mettait des vies en danger : « le seul moyen de comprendre cela est de l’observer à travers le prisme de la santé publique ». Bien que lui-même était anti-avortement, Son Excellence M. Mauricio Macri, actuel Président de l’Argentine, a également insisté pour que le vote ait lieu. Depuis que le congrès a adopté le projet de loi, les groupes religieux ont intensifié leur jeu pour empêcher d'autres changements.

Pour les partisans du projet de loi, la légalisation de l'avortement est une question de santé publique urgente, des dizaines de milliers de femmes étant hospitalisées chaque année, faisant de l'avortement la principale cause de décès maternel en Argentine : entre 350 000 et 500 000 avortements non autorisés ont lieu, sur une population de 44 millions de personnes, et 45 000 à 60 000 femmes, la plupart pauvres, ont été hospitalisées en raison de complications liées au processus.

Selon les données et les statistiques du Ministère de la Santé, 3030 femmes sont mortes d'avortements illégaux depuis 1983 - près de 250 décès maternels ont eu lieu en 2016, dont 43 dus à un avortement à risque.

Cependant, le Sénat ayant opté pour une approche plus conservatrice, le débat et le vote qui ont duré plus de 15 heures ont pris fin avec 38 votes contre, 2 abstentions et 31 en faveur de la légalisation de l'avortement ; Le Sénat argentin a rejeté le projet de loi qui entérinait la légalisation de l’avortement électif au cours des 14 premières semaines de grossesse. Par conséquent, l'avortement reste illégal, sauf en cas de viol ou lorsque la vie ou la santé de la femme est menacée.

Après la fin du vote, le président Macri a jugé le débat inachevé ; il a déclaré que le gouvernement avait l'obligation d'inclure une mesure dans le code pénal qui décriminaliserait l'avortement, car actuellement, si les femmes ont besoin d'avorter en Argentine, il existe de nombreuses complexités juridiques injustes qui obligent les femmes à demander l'autorisation d'un juge qui peut décider de l’accorder ou de le refuser. Il n’y a souvent pas d’encadrement pour les juges ou les prestataires d’avortement, en particulier dans les districts ruraux, sur ce qu’ils sont légalement tenus de faire ; cela laisse au hasard l’approbation des avortements, selon l’endroit où vit la femme, ce qui ajoute un fardeau supplémentaire inutile aux femmes, en particulier aux femmes pauvres, et retarde les procédures urgentes. Néanmoins, indépendamment de la bonne volonté apparente du président, aucune mesure n’a été prise pour légaliser sa pratique.

L’Initiative Féministe Euromed exprime toute sa solidarité avec les droits des femmes, la société civile et les organisations et mouvements de défense des droits humains en Argentine qui ont travaillé dur pendant des années pour développer le droit à l’avortement. L’Initiative Féministe Euromed plaide pour que toutes les femmes aient une autodétermination complète sur elles-mêmes et sur leurs corps, considérant qu'il s'agit de l'un de leurs droits fondamentaux et légitimes, à savoir jouir d'une autonomie personnelle et du droit à la vie privée ; l'un ne peut simplement pas exister sans l'autre. Les droits des femmes sont des droits humains universels et ne doivent être compromis pour aucune raison, qu’il s’agisse de la culture, de la tradition, de la religion, de l’identité, de la spécificité ou autre.

La campagne argentine a suscité un débat inspirant sur diverses questions touchant les femmes, comme la violence domestique, dans une région socialement conservatrice où de tels sujets sont depuis longtemps tabous. L’Initiative Féministe Euromed est indéniablement certaine que les femmes devraient avoir le droit d’exercer une autorité totale sur leur santé et leur vie sexuelles et reproductives. Cela étant dit, lorsque le Sénat a renversé le projet d’avortement argentin, la défaite du mouvement populaire a placé les droits de reproduction au sommet de l’agenda législatif du pays, là où ils devraient être. En outre, les féministes et les groupes de défense des droits des femmes ont déjà commencé à planifier les moyens de faire pression sur les membres de la Chambre et du Sénat pour la session législative de 2019.